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Velicita - un tour à vélo

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2 mois. 2 mois déjà… 2 mois…
Il y a deux mois je quittais la Pologne. Par les airs. Vélo démonté, emballé. Je quittais la Pologne et je mettais fin à mon itinérance, à mon voyage. Fin à ces rencontres de bord de route, à ces émerveillements. Fin aux pains grignotés sous la toile de tente, fin à l’incertitude du où je vais dormir ce soir.
Fin à cette intensité de vie. Dans l’euphorie comme dans les doutes.
Et Maréva qui continue !


Déménagement

2 mois, c’est beaucoup. C’est 4 pays à vélo.
2 mois, c’est peu. Une vie à réorganiser. Et seulement quelques lignes sur un papier.

Dans l’urgence, se ré-équiper. 2 pantalons, 2 pulls, 2 t-shirts, quelques sous vêtements qui ne changeront pas tous les jours et une paire de chaussures "mettable". Le reste ? Ce doit être de l’accessoire.  

Appartement. 
J’ai quelques anecdotes comme derniers bulletins de salaire et mes sourires pour caution M le propriétaire. 
Bon OK alors à 36 ans je vais demander à un ami de se porter caution et je vais demander de l’argent à Môman. 
L’égo s’est amenuisé pendant le voyage, la vie est bien faite.

Et puis le quotidien quoi. Le rythme, la sédentarité, les horaires, l’entreprise, les objectifs. Et bien oui ça prend du temps. Plus que je ne l’aurai anticipé. J’aurais voulu arriver, exceller, apporter des solutions immédiates. Déjà dans un contexte plus classique ça n’arrive jamais, mais alors là... 
La patience s’est timidement immiscée dans ma vie pendant le voyage, la vie est bien faite.

Les journées passées sur une chaise, à l’intérieur, devant un écran. Des kilomètres oui, des textes au kilomètre.

Et oui, Mac ordi

Un corps aussi qui tant qu’il était sous la contrainte ne se posait pas la question de son fonctionnement.  Et comme par hasard, maintenant qu’il est dans le confort : excès, mal aux dents, gras et déchéance… Relâchement. Espiègle ! La facilité est un chemin bien tentant.

Bon tout cela au final c’est quoi ? Des tracas, des contrariétés ? Des contraintes ? 
Et bien non. Tout cela n’est qu’un éclat de joie. 

J’ai la chance d’avoir eu le choix. Le choix de cette situation privilégiée. Et le privilège de la confiance qu’on m’accorde. Je suis heureux. En itinérance ou sédentaire. Une vie différente. Mais heureuse.

Sur mon chemin ici au Nord il y a tant de belles rencontres. Des gens qui pensent et qui agissent. Qui s’engagent. Pour les autres. On cherche toujours ailleurs ce que l’on a devant soi. Devant soi ou en soi-même (si vous me lisez du côté du Souffle…).

Je suis là, au Souffle du Nord. Si heureux et privilégié de faire parti de cette équipe. Si gêné aussi.

Entre la volonté et l’inutile. L’envie débordante et les bras ballants. Les sourires, j’espère, toujours présents. Je veux mais je n’arrive pas. Pas encore. Pas encore totalement rentré, certainement. J’espère. 

Des gens aussi qui ont une histoire incroyable. Des accidents de vie terribles et injustes et des rebonds si forts, si puissants, si inspirants. Une lectrice notamment se reconnaitra. Et un futur astronaute.
Des aventuriers aussi, des vrais. 

Il y a aussi les amis retrouvés. Certes pas tous et pas assez. Mais les moments complices, les gardes d’enfant, les histoires racontés. Les éclats de rire, les verres partagés. Les maisons squattées. Entre Garonne, Seine et Youle.
Je suis entre la félicité et la frustration. L’envie d’être tout le temps partout avec vous tous à la fois. Mais toujours le bonheur d’être avec certains pour un moment fugace.

Alors voilà, j’entends souvent cette question : alors, c’est comment ? C’est comment… 

C’est bien, c’est beau, c’est intense. C’est différent mais c’est pareil. Les rencontres, les gens, les copains. Un humain pour un humain. Et l’Existence pour compagnon. Oui c’est bien, c’est beau, c’est joyeux. 

Le retour n’est pas difficile. Bien sûr il y a des moments nostalgiques. La nostalgie n’est qu’un retour sur le bonheur au final. Comme lorsque j’étais sur mon vélo et que je pensais à vous que je voyais plus régulièrement avant mon départ.

Je suis rentré, mais le voyage continue. Le voyage c’est une vie, une Existence. Qui change, qui prend des chemins inattendus, qui met sur ma route de si belles rencontres, de si belles âmes. En plus de toutes celles qui m’entourent déjà et me nourrissent : les vôtres. 

A ceux qui se demandent ce que ça fait de rentrer, je dirai que ça fait du bien ! Du bien comme tout ce que je pourrai faire d’autre : rouler, marcher, courir, travailler. 

Une vie qui se poursuit.

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"Fait pour quelqu'un, quelque chose de repartir, de revenir vers l'endroit d'où il est venu ; déplacement, voyage ainsi accompli". Voici comment le Larousse définit le retour. Alors qu'en est-il lorsque justement il n'y a pas d'endroit où revenir ? Quand on ne peut (ou ne veut) pas retourner là d'où on est parti ?


Ce voyage n'a jamais eu de but, il en va encore ainsi. Il continue à un rythme différent, celui des retrouvailles avec la famille et les copains, celui des rencontres. Parce que je ne sais pas où m'arrêter, parce qu'il me semble que je ne sais plus faire que cela, je roule. Je ne pensais pas qu'il serait aussi difficile de mettre un terme à cette vie nomade. J'ai du mal à me défaire de cette extraordinaire liberté : pouvoir laisser place à l'imprévu. Revenir sur mes pas pour une partie de frisbee ou une randonnée, décider au débotté de charger le vélo dans une remorque, faire un détour pour honorer une invitation à déjeuner...


La bohème devra bien cesser, je ne pourrai pas voyager éternellement, mais si seulement je pouvais garder un peu de la spontanéité qu'elle permet ! Je sais que je suis gonflée, ce périple m'a déjà tellement apporté, mais je cherche LA rencontre - avec un lieu, une énergie, une personne - qui me donnera envie de poser mes sacoches. Il y en a bien eu une, mais parfois les planètes ne sont pas alignées, il faut écouter la raison (pourquoi au fait ?) et j'ai poursuivi ma route en m'efforçant ne pas me (y) retourner.


Alors je poursuis mes flâneries, le nez au vent. C'est très égoïste comme attitude, je peux le faire grâce à ceux qui m'accueillent en courant d'air, à la dernière minute, à ceux qui m'accompagnent pour un bout de route, à ceux qui me laissent une clé sous le paillasson "au cas où", à ceux qui écoutent mes envies et m'aident à les réaliser, à ceux qui ont essayé de me suivre ou de m'attendre, à ceux qui continuent. Un immense merci à vous.


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Le vent souffle donc vers le nord, la région lilloise plus précisément. C'est là bas qu'est mon vélo et qu'il m'attend.



Déjà je veux vous remercier tous pour vos nombreux messages. D'inquiétude et d'enthousiasme, témoignant toujours de votre bienveillance. Après un an d'éloignement ça touche vraiment. MERCI !

Après une dernière (et première) rencontre ils m'ont donc confirmé leur confiance. Quel privilège !
Si je suis rentré, si j'ai arrêté de pédaler, si j'ai empanné c'est donc pour eux, pour cette association. Pour les personnes qui y travaillent au quotidien et ceux qui la soutiennent. Pour les valeurs qu'elle défend et les causes qu'elle propulse. Pour les supports qu'elle utilise : le sport et l'aventure.
L'association c'est Le Souffle du Nord. L'impression que ça me correspond bien. 


Ce virement de bord à été brutal et soudain. Précipité aussi. Mais il me dirige sur un chemin cohérent. Je m'y engage avec bonheur, enthousiasme et impatience. 

Il y a cette vie qui m'emporte. Toujours sur un chemin heureux. Je me sens comme sur un vélo qui file poussé par le vent, comme un bateau porté par un long surf sur une vague. 

Je nous attends aussi maintenant. Je nous attends autour d'une bonne bouteille de vin dans le bordelais, un bon fromage posé sur une table en Normandie, une frite à Bruxelles, une gaufre à Liège, un foot à Toulouse, du bonheur en Aveyron, à Font Romeu, dans le pays basque, des courses en montagnes, des escapades bretonnes, quelques exercices et une glace à Nice,  la chaleur des Vosges... Je vous espérerai aussi à Lille pour un potjevleesch et une bière si vous voulez. 
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Il est trop tôt pour partager autre chose que les faits. Les émotions sont là, bien présentes, mais encore trop intenses et confuses. Je ne suis plus voyageur à vélo. Demain je prends un avion qui me ramène en France. Mon vélo démembré dans son carton.



Je viens de voir disparaître ma vie matérielle derrière le comptoir de la poste polonaise et je réalise… Dernière nuit de ce voyage extraordinaire, intense, inspirant.

Poste de Gdansk
Tout s'est passé si vite ! Une opportunité, une confiance accordée, un courant qui passe. En quelques heures à peine il a fallu décider. Quitter la vie de voyageur à vélo. Quitter aussi l'option de rentrer à Toulouse, chez les copains et près de la montagne.
Sur un fil. Comme toujours.

J'ai fait le choix de suivre le chemin que la Providence semble avoir pour moi. Il y a énormément de signes… Et j'ai une confiance aveugle en ce qu’elle fait pour moi.
Alors il ne sert à rien de ramer à contre courant, de pédaler contre le vent. Je rentre. Pour une nouvelle vie, une nouvelle ville. Il n'y a de fin à rien. C'est une vie qui continue, un garçon qui fait son chemin. La joie, l'enthousiasme, les sourires, les rencontres, les découvertes… Il y a en encore tant à venir ! Je suis heureux et excité. Et je mesure ma chance, incroyable.

Un nouveau chapitre, et ses pages à écrire. J'espère y voir figurer le nom de chacun d'entre vous. Chiche ?
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Parfois je me demande si je ne suis pas maso... A aimer ces ciels de grain.


Quelques degrés en moins, le vent qui se lève. En quelques minutes seulement. Le ciel qui s'assombrit, comme si la lumière, le soleil lui même voulaient se mettre à l'abris.

Et, subitement, la pluie qui tombe. A torrents.
Je regarde ce ciel. Je contemple. Il y a cette profondeur de gris, presque noir. Et son intensité, qui tire sur le bleu. Il y a cet entre-deux, avec la lumière, tranchante à l'horizon.


Quelques minutes d'apocalypse seulement. Juste là au dessus de moi.  Et tout autour, la lumière. 
Et soudain plus rien. 

Le vent qui tombe. La pluie cesse et la douceur qui revient. Le système météo est emporté par sa propre intensité. Le ciel nettoyé. Il laisse derrière lui le calme d'après le vent, et les odeurs d'après la pluie. 

Je pense à ces marins, à ces skippers du Vendée Globe qui chassent ces systèmes météos. Soit pour les suivre, soit pour les fuire. 


Le spectacle est au-dessus sans aucun doute. Dans la lumière qui se cherche, dans ces dégradés qui se confondent. Et cette sensation égoïste en étant dehors, exposé, d'être le seul à en profiter.



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Harcèlement : c'est un mot que j'ai hésité à utiliser, de peur d'être accusée d'exagérer.
Bien entendu La Velicita ce sont les incroyables rencontres que l'on vous raconte. Mais depuis que je suis seule c'est aussi pas mal d'angoisse et de méfiance.
Pour vivre heureuse, je vis cachée
Une fois séparée d'avec Vindhya, je n'ai pas fonctionné différemment : je saluais tout le monde et m'arrêtais régulièrement pour demander mon chemin. Et j'ai continué à accepter les invitations comme autant de petits cadeaux posés sur ma route. Seulement cela a systématiquement mal tourné : par deux fois les hommes de la maison ont tenté de venir dans mon lit, un gars m'a clairement invitée à partager son toit et son lit, un autre à côté de chez qui j'avais posé la tente est venu me proposer de l'argent pour coucher avec lui... Cela n'a jamais mal tourné mais c'était déjà trop.
Depuis je refuse évidemment les invitations à dormir lorsqu'elles ne proviennent pas de femmes ou de familles, me privant peut-être de belles rencontres.
Un peu de paracorde, un bout de chaîne et voilà une imaginaire bague de fiançailles
J'hésite même à m'arrêter en route depuis qu'un homme a essayé de m'embrasser alors que je mangeais un sandwich sous un abribus... J'ai cru que c'était moi, mon attitude, les vêtements. Mais soyons sérieux : je porte un cuissard (aka couche-culotte), un tee-shirt orange que les employés de la DDE m'envient, je me lave au mieux tous les 4 jours, mon corps n'a pas vu la trace d'un rasoir depuis un an et après avoir été tondus à 12mm, mes cheveux repoussent de manière anarchique. Et puis merde je n'y suis pour rien, c'est quoi ce réflexe qu'ont les victimes de de croire que c'est leur faute ? Je ne vais pas arrêter de sourire parce que des dérangés souvent avinés y voient une provocation !
Heureusement il y a toujours des gens merveilleux (Alina, Maria, George, Laurențio, Cristina, Ioan ❤), des pouces levés, de grands bonjours, des sourires et des encouragements.
Mais à cause des rires gras et des regards pesants, il me manquera pour la fin ce voyage une chose essentielle : la légèreté.
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